Françoise Giroud

"Rien n' est jamais joué si l' on se refuse à subir "
- Née sous le nom de France Léa Gourdji le 21 septembre 1917 à Lausanne (Suisse) d' un
père immigré turc, elle prendra le nom de Françoise Giroud plus tard en 1964. A la naissance de France Léa, Salih Gourdji , son père, manifesta sa déception.
« Il voulait un fils, en me voyant il a dit quel malheur !… […] Je n' ai cessé de vouloir faire la preuve qu 'une fille c' était aussi bien » dira t-elle plus tard.
- Issue suivant le sens de ses propos d' une famille bourgeoise en décadence, elle ne fera que peu d' études : son père meurt en 1919. Sa mère, juive sépharade, élève seule ses filles dans des conditions économiques difficiles. Elle leur enseigne cependant durablement le goût de ces notions fortes que sont la liberté, la justice, la dignité et le courage. Avec seulement un diplôme de sténodactylo elle commencera tôt une carrière professionnelle. Très jeune, elle trouve un travail de script dans le milieu du cinéma aux côtés du cinéaste Marc Allegret. C' est en exerçant cette activité qu 'elle découvrira son amour d' écrire.
- En 1943, alors qu 'elle est agent de liaison pour la Résistance, France est arrêtée par la Gestapo et emprisonnée à Fresnes. Cette époque dramatique affûtera en elle ses convictions et fera d' elle à vie la chanteresse très engagée de la liberté.
- De 1945 à 1953, elle dirige la rédaction du magazine Elle. Considérant que les femmes doivent se battre pour leur émancipation avec leurs propres armes, y compris leur féminité, elle sera marginalisée par les féministes plus conventionnelles. Son style, ses méthodes au sein de ce magazine révolutionneront la presse féminine et auront une influence importante sur les lectrices.
- Vers 1952, sa rencontre avec Jean-Jacques Servan Schreiber se traduira par un coup de foudre. Il l' engage à ses côtés dans une aventure journalistique audacieuse en créant l' Express, magazine d' un style tout à fait nouveau et moderniste qui soutient Pierre Mendès France et prend parti courageusement contre le colonialisme. L' Express s' engage ouvertement et milite pour l' indépendance de l' Algérie. En représailles, son appartement sera dynamité. Par le biais des colonnes de ce journal qu' elle dirigera de façon talentueuse et infatigable, elle s' engage tout aussi fortement pour la défense du droit des femmes et du journalisme.
- Elle sera Vice-Présidente du Parti Radical-socialiste aux côtés de Jean-Jacques Servan Schreiber.
- En 1974, sous la présidence de Valéry Giscard d' Estaing, cette femme de gauche devient Secrétaire d' État à la condition féminine. Elle met en place "cent une mesures" pour favoriser la condition féminine :
autonomie, droits propres, lutte contre les discriminations, diffusion de l' information, situation des veuves, divorcées, mères célibataires, formation à des métiers dits masculins. Deux formules ironiques résument toutes les autres dans ce combat qu 'elle entend livrer pour les femmes :
« Le problème des femmes sera résolu le jour où l' on trouvera une femme médiocre à un poste important » et « La différence entre un homme et une femme , c' est qu' un homme a une femme et qu' une femme n' en a pas »
- En 1976 elle devient Secrétaire d' État à la Culture.
- Elle participera, toujours aux côtés de Jean Jacques Servan Schreiber, en 1978 à la fondation de l ' U.D.F. dont elle sera vice-Présidente.
- Associée à un groupe d' intellectuels (Bernard Henry-Levy, Jacques Attali, Marek Halter, etc.), elle fonde en 1979 l' association Action Contre la Faim
- Lors des élections de 1981, Françoise Giroud appellera à voter pour François Miterrand
- Déjà journaliste et femme politique, elle deviendra chroniqueuse au Nouvel Observateur
- Membre du jury du prix Femina, elle a publié elle-même de nombreux ouvrages sur le monde qu' elle a connu : Si je mens en 1972, La Comédie du pouvoir en 1977, Le Bon Plaisir en 1982, ainsi que de nombreuses biographies de Christian Dior, Alma Malher, Jenny Marx, Cosima Wagner ou, en 2002, de Lou Andréas-Salomé.
- A la suite d' un accident Françoise Giroud meurt d' un traumatisme crânien le 19 janvier 2003.
Femme autonome probablement anticonformiste elle pouvait incarner la réussite féminine, mais sa probable solidarité avec le pouvoir masculin n' a pas permis qu' elle soit reconnue par le mouvement féministe. Sa plus grande réussite fut probablement, par ses actes et par la démonstration de sa carrière, de faire accepter l' idée que les femmes sont capables d' exercer les mêmes métiers et les mêmes pouvoirs que les hommes.
" J' ai fait un long chemin sur une route parfois rude, parfois rocailleuse, riche en douleurs, fertile en joies, tissée d' amour, rarement médiocre, jamais ennuyeuse, meilleure au fur et à mesure que j' avançais en âge. Que demander de plus? Si la mort me saisit cette nuit, je dirai : Merci, la Vie." écrivait-elle avec des accents testamentaires dans son autobiographie "Arthur ou le Bonheur de Vivre"

"Les révoltes qui se manifestent par les armes, on peut les mater. Celles qui naissent et se propagent par l' esprit sont insaisissables "
Françoise Giroud